15.10.07

Lettre d'éditeur ...

Bonjour,

Je ne sais pas si vous aurez ce petit mot. Je viens de terminer la millième lecture du « Rendez-vous à Colmar », oui, je dois bien l’avoir lu autant de fois depuis que je l’ai découvert chez un bouquiniste. J’ai pensé aussitôt, je vais descendre, cet homme si distingué n’aura pas manqué me répondre.

Je remonte l’escalier, l'enveloppe dans la main droite, la gauche, fébrile, décachette. Quelle impatience. C'est la réponse à ma seconde lettre, oui, je vous ai écrit deux fois. Dans ce deuxième pli, j'ai mis plus de conviction moins de sentiments, et j'ai aussi menti. Mais, qu'est-ce que mentir si c’est pour servir ses intérêts personnels. J’emploie, des mots que vous avez fait prononcer par votre héros Henri Lardu dans le deuxième tome de ses aventures américaines. Vous voyez bien que j’ai tout lu de vous, enfin peut-être, cela dépend du libraire de mon quartier, est-il bien fourni par votre éditeur.
Éditeur !

Voilà, j’ai écrit à une maison d’édition alors ...

J'avais hâte de découvrir cette réponse. J'extrait le feuillet, le déplie, et je le lis.
« Et merde ! » Pas encore. Encore un refus. Je rate la marche, je me cramponne à la rampe. Je rentre chez moi, furieuse, j'envoie voler mes escarpins dans l'appartement. Je me laisse tomber dans mon sofa, en regardant la lettre. Je la lis, la relis, la relis, ... éditeur ! mais oui, vous ne savez rien de ceux qui vous écrivent, votre éditeur filtre tout, s’empare du courrier, vous êtes intouchable.

Éditeur ! Comment n’y ai-je pas songé ?

Ce courrier-ci vous parviendra, j’en suis certaine, je trouverai l’adresse correcte et vous me répondrez. Que je me présente, tout de même, pour le cas probable où ma première lettre ne vous aurait pas été communiquée. Je m'appelle Elisabeth Kubly, je vis à Colmar, j’enseigne à Strasbourg, je ne sais si cela m’intéresse, ma passion est l’aquarelle mais on m’a dit qu’il fallait faire des études, des bacs plus malgré que j’en dise que cela ne mène à rien; je veux dire ni l’aquarelle ni les plus du baccalauréat. On ne se gêne pas pour me le dire. Mes parents, habitent Neuf-Brisach après avoir été leur vie entière dans des camps militaires en Allemagne. Je dois avoir un frère qui traîne ses godillots entre l’équateur et le tropique le plus au sud. Si je m’écoutais, j’irais vivre sous les ponts, je serais artiste mais je ne sais que vivre dans la vie des autres, par paresse sans doute.

Vous comprendrez donc l’importance de l’entretien que je sollicite, apparaître à vos côtés face à ma classe...

Qu’ai-je à raconter ces délires que je vous remercie d'oublier aussitôt, de ne pas me répondre et de me laisser telle que je suis certainement : une sorte d’évaporée.

A vous de savoir. Sinon, je vous rappelle l’adresse où vous pouvez m’écrire : Elisabeth Kubly, Logis 109 « der Storch», rue de Turenne, Colmar 68000.

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